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Entretien avec Marco Berrettini

Marco Berrettini, metteur en scène, nous parle de son spectacle Sorry, do the tour. Again!, à l'affiche du 16 au 20 décembre 2019 à la Comédie de Genève.

Sorry, do the tour. Again! est une reprise d’un spectacle que vous avez monté en 2001. Pourquoi cette reprise ? En quoi ce deuxième opus diffère-t-il du premier ?
Le CND (Centre national de la danse, à Pantin) nous a approchés en nous demandant de remonter la pièce.
Je n’ai pas encore démarré la reprise, les répétitions. Je ne suis pas encore en mesure de dire si la reprise sera différente de la première version. La moitié des interprètes seront des jeunes interprètes et les « anciens » auront presque 20 ans de plus, l’alchimie des corps sera donc très différente… on verra bien. 

Sorry, do the tour. Again! explore, dites-vous, les pas de danse de la disco dans le langage chorégraphique de la danse contemporaine. Pourriez-vous expliquer comment ?
Depuis la naissance de la danse moderne, que ça soit en Europe, aux USA ou en Russie, les chorégraphes se sont servis et inspirés de la danse classique, baroque mais également de la danse folklorique afin de transformer ces matériaux corporels en un hybride, une forme nouvelle, une création contemporaine, un mélange d’ancien et nouveau. La danse disco est la danse folklorique de ma génération. Je m’en sers et je m’en suis servi comme point de départ pour explorer des champs esthétiques et sociologiques contemporains. La danse folklorique comme la danse disco, et plus récemment le hip-hop, influencent et sont influencés par la société en général. En danse, utiliser la danse folklorique pour en faire une chorégraphie plus contemporaine est une façon de faire des constats, de produire une photographie du "Zeitgeist", de l'esprit du temps.

La culture qu’on appelle populaire, à laquelle appartient la disco (oui ? Êtes-vous d’accord avec cette affirmation ?), est dite sans distance, axée sur le plaisir immédiat, voire sur une logique consumériste. Lorsqu’on en reprend, comme vous le faites, les éléments constitutifs dans un langage beaucoup plus abstrait et articulé, qu’est-ce que cela produit ?
Non, je ne suis pas d’accord avec cette définition de la culture populaire. Je n’y vois rien de « sans distance » ni de « consumériste ». Ou alors cela dépend de quelle culture on parle et ce qu’on en entend par ces adjectifs. Le langage abstrait n’est pas, selon moi, plus davantage articulé que celui de la culture populaire.
L'utilisation de pas de danse folklorique par la danse contemporaine serait plutôt une façon d'utiliser ce qui se trouve là, à disposition, dans notre environnement immédiat. Les arts ne peuvent pas, par nature, s’auto-inspirer. Nous cherchons toujours un peu partout et nous sommes sensibles et réceptifs à plein d’influences différentes. Réduire la relation entre folklore et danse abstraite à une re-digestion d’un phénomène superficiel et commercial ne ferait qu’appauvrir la richesse qui existe dans cet échange. 

Vous avez été champion allemand de disco à l’âge de 15 ans. Qu’est-ce que représentait pour vous la disco à l’époque ? Que représente-t-elle aujourd’hui ?
A l’époque, la disco, c’était la musique cool, sexy, sortir la nuit, l’amour, les filles, ce que Carl Jung appelle « persona », c’est-à-dire, à l’âge adolescent, la création d’un « personnage public » qu’on pourra utiliser par la suite toute la vie durant.
La disco aujourd’hui c’est surtout des bons souvenirs. La joie. L’expérimentation acharnée afin de trouver des nouveaux pas de danse qu’on allait inventer et piquer un peu partout dans le but de s’améliorer et de gagner le prochain concours.
La disco me rappelle régulièrement que j’ai commencé la danse pour le « fun » ; surtout quand je vis des moments durs ou tristes dans mon métier au sein de la danse contemporaine. 

Dans Sorry, do the tour. Again! on perçoit, il me semble, derrière la dérision, une certaine affection pour ces mouvements de la danse disco et son halo un peu glam-kitch. Est-ce quelque chose comme cela ?
Oui, comme dit Peter Sloterdijk : « Les auteurs se contaminent avec les matériaux qu’ils traitent. »

Propos recueillis par Arielle Meyer MacLeod
 

Photo : © Gregory Batardon