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En préparation —  Recréation du 1er au 6 novembre 2022 à la Comédie de Genève

Perdre son sac

Pascal Rambert / Denis Maillefer

Recréation - forme légère et itinérante du 1er au 6 novembre 2022 à la Comédie de Genève 

Disponible en tournée 2023-24 - possibilité de jouer deux fois par jour

« Revenir au début. Un texte, une actrice. Une actrice au centre. Alors il y aura une actrice concrètement au centre d’un cercle. Une trentaine/quarantaine de chaises disposées en cercle. Une salle fermée. La lumière de cette salle. Comme un de ces groupes de parole. Le public entre et s’installe. Elle est parmi eux/nous. Et elle va parler la première, et raconter. Et ne plus s’arrêter. Il n’y a rien d’autre qu’une salle ordinaire, juste son accessoire à elle, un balai télescopique pour nettoyer les vitres, son instrument de travail. Qui est posé contre un mur, et qu’elle désignera à quelques reprises. Elle parle, s’excuse parfois de sa fatigue, comme un aveu en direct qui brouille un peu le réel. Comme si l’actrice s’arrêtait et s’excusait de sa fatigue d’actrice. Ce dispositif met en relief les aspérités et contradictions du personnage. Il s’embrouille, revient en arrière, demande – indirectement – notre aide et notre empathie. Nous sommes avec elle parce que nous sommes naturellement – et réellement – avec elle dans tout ce qu’elle raconte. Tout ce qu’elle dit vise la fin. Attention, dit-elle à la fin, comme pour nous prévenir que ce qui lui arrive – exclusion sociale, confusion extrême – peut aussi nous arriver.

Et puis ce dispositif est aussi une sorte de machine à jouer. Elle peut faire les personnages, comme on dit. Jouer le petit macho, jouer la parisienne intello suffisante, jouer le père pseudo présent. Jouer. Et faire souvent rire. Ce prof qui s’emballe et énonce que tout est prédestiné pour Sandrine, l’amie – imaginaire ? – de l’héroïne. Ce patron d’articles cheap pour jeunes filles pauvres. Faire des personnages. Raconter en se souvenant et en habitant le souvenir. Être au cœur du corps des mots. Nous n’avons pas joué depuis la création, et en répétition je découvre ce que je sais, c’est que ça travaille, avec le temps. Les mots sont plus nets, plus évidents, plus lourds et plus doux. Je regarde le travail de Lola Giouse qui a infusé les mots de Rambert. Et ça sonne doux et fort.

Elle s’adresse à nous, de si près. Elle accroche notre regard. Elle a besoin de nous. Nous les spectatrices et spectateurs, nous les vivantes, nous les vivants. Sa pensée politique déraille comme parfois la nôtre. Une manière brute de faire du théâtre, si ancienne et absolument d’aujourd’hui. De quoi a-t-on besoin ? De mots et d’une actrice, et de notre regard, parce que ses mots existent d’abord avec et grâce à notre regard. La musique sort de son petit Nokia en plastique. La lumière ne changera pas. Peut-être que nous, peut-être un peu. »

Denis Maillefer, octobre 2021

Avec Lola Giouse
Texte Pascal Rambert
Mise en scène Denis Maillefer
Collaboration artistique Cédric Leproust
Chorégraphie József Trefeli

Production Comédie de Genève

Durée 1h
Âge conseillé 14+

Spectacle créé le 29 août 2019 à la Comédie de Genève dans le cadre de La Bâtie – Festival de Genève

 

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Dates de tournée