Le théâtre

UN THÉÂTRE DE TEXTES

Inaugurée en janvier 1913, la Comédie de Genève, située en plein cœur de la Cité de Calvin, est la première institution genevoise consacrée à l’art dramatique. Elle est dotée d’une salle à l’italienne de 476 places, du Studio André Steiger de 86 places et du Studio Claude Stratz pouvant accueillir jusqu'à 100 personnes.

Théâtre de création, la Comédie de Genève ouvre largement sa programmation aux auteurs ou metteurs en scène genevois et suisses romands. Outre les réalisations de ses directeurs (André Talmès, Richard Vachoux, Benno Besson, Claude Stratz, Anne Bisang), elle a présenté les travaux de metteurs en scène tels que André Steiger, Philippe Mentha, Omar Porras, Oskar Gómez Mata, Martine Paschoud, Simone Audemars, Denis Maillefer ou encore Dorian Rossel.

Lieu de diffusion, elle accueille sur son plateau les spectacles de grands noms de la scène européenne et internationale : Peter Brook, Alain Françon, Matthias Langhoff, Isabelle Pousseur, Olivier Py, Claude Régy, Krysztof Warlikowski, Bob Wilson et, plus récemment, Romeo Castellucci, Wajdi Mouawad ou Nicolas Stemann.

Théâtre dans la cité, la Comédie de Genève est d’abord celui de ses habitants, et ouvre ses portes et ses activités à tous. Elle invite notamment les écoles à découvrir le théâtre sous tous ses aspects.

La Comédie de Genève est dirigée depuis le mois de juillet 2011 par le metteur en scène Hervé Loichemol. Il envisage l’institution comme un lieu de réflexion sur l’esthétique et les enjeux actuels du théâtre. À travers sa programmation, qui s’articule autour de pièces du répertoire et d’écritures contemporaines, il revendique un théâtre où le texte et la pensée du texte sont déterminants.

À partir du 1er juillet 2017, la direction du théâtre de la Comédie sera assumée en tandem par le metteur en scène et pédagogue Denis Maillefer, ancien co-directeur du Théâtre les Halles à Sierre, et la comédienne de théâtre et de cinéma, pédagogue et metteur en scène Natacha Koutchoumov. La nouvelle direction aura pour mission d’assurer la transition de l'actuelle Comédie au nouvel édifice qui s'érigera en 2020 au coeur du nouveau quartier urbain de la gare de Genève-Eaux-Vives. Théâtre de création et d’accueil, la nouvelle Comédie tiendra un rôle essentiel dans la valorisation de la scène de Suisse romande et permettra au public d’assister aux spectacles marquants présentés sur les grandes scènes européennes. Elle proposera une programmation pluridisciplinaire valorisant la création d’ici et d’ailleurs et accueillera à demeure un Ensemble d'acteurs. Ambitieuse et ouverte sur la Ville, elle sera une institution culturelle régionale, nationale et internationale de premier plan, et un lieu de vie rassembleur, à côté de la gare CEVA des Eaux-Vives où 50'000 voyageurs défileront quotidiennement pour prendre le Léman Express.

HISTOIRE DE LA COMÉDIE DE GENÈVE ET DE SES DIRECTEURS

Naissance
Formé à Paris par un sociétaire de la Comédie-Française, Ernest Fournier fait carrière en France. À 35 ans, il décide de défendre dans sa ville natale un répertoire théâtral de qualité et fonde la troupe dramatique de La Comédie qui joue dès décembre 1909 à Plainpalais (actuellement Théâtre Pitoëff). L’accueil obtenu et le soutien financier de la section genevoise de l’Union pour l’Art social l’incitent dès 1911 à faire construire son propre théâtre : le bâtiment actuel de la Comédie de Genève, Boulevard des Philosophes, inauguré le 24 janvier 1913.

1913-1937 | Ernest Fournier
Il y fait jouer un nouveau spectacle à peu près chaque semaine. De plus, cherchant l’intérêt d'un public cultivé, il propose le jeudi en matinée la représentation d’une œuvre classique. Au printemps 1916, la Comédie reçoit Jacques Copeau qui met en scène la troupe dans plusieurs pièces.

Pourtant, dès les années 20 et plus encore après la crise de 1929, l’équilibre financier n’est plus imaginable sans subvention : Fournier y perd tous ses moyens, sa santé, et meurt en décembre 1937.

1939-1959 | Maurice Jacquelin
Après une année et demie conduite tant bien que mal par quelques intérimaires, le comédien français Maurice Jacquelin prend la direction de la Comédie et continue sur la lancée de son prédécesseur. Durant les années de guerre, la Comédie s'ouvre largement aux auteurs locaux, un phénomène qui se poursuivra jusqu'à la fin des années quarante, favorisant surtout les pièces de "boulevard helvétique" publiées dans Le Mois théâtral, édité à Genève.

En 1945, c'est à la Comédie que Giorgio Strehler, alors jeune réfugié italien, signe ses deux premières mises en scène, Meurtre dans la Cathédrale de T.S. Eliot et la création mondiale de Caligula de Camus.

En 1947, pour éviter la faillite de l’entreprise encore en mains privées, la Ville de Genève rachète le bâtiment. Dès 1948-49, Jacquelin cesse d'engager la troupe des comédiens à l'année : sa saison ne se compose plus que d'une demi-douzaine de réalisations genevoises et se complète avec les spectacles de tourneurs parisiens.

1959-1974 | André Talmès
Élève de Fournier pour la diction, jeune premier à Paris durant les années 30, André Talmès revient à la Comédie, y signe quelques mises en scène puis développe cet art au Théâtre du Gymnase de Liège. De retour à Genève, il est choisi par la Ville pour succéder à Jacquelin. Il amplifie encore l’importance des tournées parisiennes et présente quatre ou cinq réalisations genevoises de boulevard par saison. Dans les dernières années, il offre à quelques jeunes comme Gérard Carrat ou Richard Vachoux l’opportunité d’y exercer leurs talents.

1974-1982 | Richard Vachoux
C'est Richard Vachoux qui rompt l'emprise des tourneurs parisiens et développe des collaborations avec le centre dramatique de Lausanne et les centres dramatiques français. En se séparant des Galas Karsenty, Richard Vachoux laisse de la place pour la création romande et marque une vraie rupture avec une tradition sclérosée.

En 1979, le théâtre connaît une grave crise financière. C'est la constitution de la Fondation d'Art Dramatique (FAD), qui va permettre de remettre la Comédie sur les rails. Richard Vachoux est alors reconduit à son poste jusqu'en 1982.

1982-1989 | Benno Besson
Avec sa première réalisation à la Comédie, L'Oiseau vert d'après Carlo Gozzi, Benno Besson subjugue un immense public. Le spectacle sera repris durant plusieurs saisons en Europe et au Canada. Les sept années que le metteur en scène passera à la tête de l'institution vont donner un magnifique élan à la Comédie et propager dans l'Europe entière l'image d'une Genève à la pointe de la production théâtrale.

Pour lui succéder, Benno Besson propose Matthias Langhoff qui étudie alors les transformations nécessaires pour faire de ce lieu un outil de création théâtrale de niveau européen. Mais les autorités genevoises jugent les exigences de Langhoff exorbitantes.

1989-1999 | Claude Stratz
Après plusieurs grands spectacles remarqués dans le off genevois des années 70, puis avoir travaillé huit ans avec Patrice Chéreau aux Amandiers de Nanterre, Claude Stratz succède à Benno Besson. Il amplifie l’ouverture aux grands noms de la mise en scène européenne et offre un tremplin à quelques jeunes compagnies du off genevois (Théâtre du Loup, Teatro Malandro). Il met en scène ses interrogations ludiques sur l’art du théâtre, superposant différents degrés de vérité et de sincérité du jeu, avec Pirandello, Marivaux, Synge, Claudel, Ibsen, Musset, Frisch et porte aussi à la scène l’écriture dramatique d’Olivier Chiacchiari.

1999-2011 | Anne Bisang
Première femme à occuper ce poste, la jeune metteure en scène va démultiplier le fonctionnement de l'institution genevoise en y concrétisant avec succès son projet d'ouverture sur la cité et en lui impulsant une ligne artistique audacieuse. Elle y installe aussi une librairie, un restaurant, une galerie et instaure de nombreuses activités visant à renforcer les liens entre artistes et spectateurs.

La première institution théâtrale de Genève est ainsi devenue un lieu privilégié de création, de débats et de réflexion, dont la réputation dépasse largement les frontières.

2011 | Hervé Loichemol est nommé à la direction de la Comédie.