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VR_I ou le vertige du virtuel

Le regard de la dramaturge


VR-I. Quel drôle de titre. VR, comme Virtual Reality, Virtual Reality one peut-être. Ou VR-I comme VRAI auquel il manquerait un A. Virtuelle ou vraie la réalité de cette expérience ?

Expérience immersive et récit des origines

Indéniablement saisissante. Pas seulement pour le « wouah » de la prouesse technologique, prouesse que l’on peut tester sur le mode spectaculaire de l’entertainment dans les stands Samsung des foires aux nouveautés hi-tech, non, saisissante parce que cette nouvelle technologie porte en elle de nouveaux défis au théâtre et plus largement au spectacle vivant et que Gilles Jobin les affronte bille en tête.

Cette expérience immersive dans laquelle nous nous transformons en avatars, Jobin lui imprime une dramaturgie très forte, qui met en jeu tous les éléments liés à l’expérience elle-même.
Il invente une sorte de récit primitif, de fable originelle, une légende en trois dimensions qui traite du corps, de l’espace, du mouvement, du corps et du mouvement dans l’espace. De la danse donc.

Vertige du virtuel

Il examine le choc entre le réel et le virtuel, le point de rencontre entre la réalité de notre propre corps devenu autre, celle des vrais corps des autres participants – que l’on peut toucher alors mêmes s’ils sont des avatars aux contours transformés – et les corps des danseurs virtuels qui n’ont d’autre densité que celle de l’air et que l’on traverse si on les approche.

La sensation devient vite vertigineuse : qui suis-je, si je suis un autre que moi-même, un avatar, néanmoins enfermé dans mon propre corps que pourtant je ne reconnais plus ? Quelle est ma réalité, si mon corps interagit dans l’espace avec d’autres corps qui dansent et me traversent comme si je n’existais pas ? Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui ne l’est pas dans cet espace qui m’entoure de toutes parts et que je ne reconnais pas, dans ce simulacre dont je sais qu’il n’est qu’un simulacre mais qui a pourtant la profondeur du réel tout en ayant les attributs du rêve ?

Et demain ?

Gageons que ces questions, qui toutes tournent autour de la présence, autour des degrés de présence dans les arts vivants, n’ont pas fini de se poser aux artistes d’aujourd’hui et de demain, qu’elles sont, ces questions, au centre des préoccupations esthétiques auxquelles l’art va maintenant devoir se confronter. Et que le théâtre, cet art poreux qui a toujours accueilli avec créativité les nouveaux modes d’expression et les avancées techniques – de l’électricité à la vidéo en passant par la caméra directe – va encore s’enrichir avec la réalité virtuelle et ses nouveaux défis narratifs.

Arielle Meyer MacLeod